Garder confiance et continuer d’y croire malgré la détresse

Octobre se termine gentiment, l’année également. Le cycle de l’année s’achève, une grande étape de notre vie également. Cinq ans que je suis mariée au Barbu. Cinq ans de bonheur mais cinq ans aussi de galère.

#balancetonporc aussi pour les hommes

Le Barbu n’a pas eu une vie facile, comme beaucoup. Il pourrait, lui aussi faire un tweet, un post ou autre joyeuseté avec le hashtag #balancetonporc ou #metoo. Bien que l’actualité récente mette en avant le drame de millier de femme ayant vécu des abus sexuels, harcèlement, viol ou pédophilie, cela concerne également les hommes. Ne l’oublions pas.

Autant vous dire que cela laisse des cicatrices indélébiles qui, jamais, ne s’effaceront. Le jour où j’ai compris l’ampleur des « dégâts », j’ai eu peur. Peur pour lui et pour moi, car je ne savais pas si j’allais être à la hauteur pour l’aider à panser ses plaies, l’aider à avancer. Peur de ne pas assumer ce passé si compliqué auquel je ne pouvais m’identifier car j’ai eu une vie de princesse, protégée de beaucoup de chose.

Sans me vanter, nous l’avons sauvé avec ma mère. En dehors des violences liées aux hashtag cités plus haut, il a également vécu des violences psychologiques d’une mère manipulatrice, narcissique et méchante (je n’ai jamais connu une autre personne d’une méchanceté gratuite pareille) ainsi que de la séquestration déguisée.

Après un énième appel au secours, ni une ni deux, ma mère s’est mise en route pour venir le chercher. Lui en France, nous en Suisse, cela représentait environ 800km. Merci encore pour cette aide que je n’oublierai jamais.
Si nous ne serions pas venues, il m’a avoué un jour qu’il se serait certainement tiré une balle.
La première étape après son « sauvetage » a été qu’il comprenne que ce qu’il a vécu n’était pas normal, qu’il avait le droit de souffrir, d’être blessé et qu’il allait avoir besoin d’aide. Une aide extérieure et d’un professionnel car je ne pourrais pas tout assumer.

A côté de ça, ma famille mettait une pression bien trop grande vis-à-vis de lui mais je m’en suis rendu compte tard. Excuse-moi pour cela.
Forcément, avec un passé comme celui-là, trouver un travail, sans diplôme (oui, sa mère lui refusait des études) et dans un pays étranger, c’est compliqué. Très compliqué. Trop compliqué.

Arrivé à un certain stade, les plombs ont littéralement sauté. Le voilà en arrêt complet et rendez-vous avec un psychologue toutes les semaines ainsi qu’un bon cocktail de médicaments relativement puissant.
Les problèmes d’argent ont suivi, je ne trouvais pas d’emploi en étant jeune diplômée, on connait la musique. Nous avons vécu au crochet de l’état pendant deux ans en faisant parfois appel aux associations pour de la nourriture car nous n’arrivions pas à joindre les deux bouts. Évidemment, cela engendre de la culpabilité de son côté pour son état et du mien, sans emploi.

La famille rajoutait une couche avec un discours « un homme doit subvenir au besoin du foyer, tu ne peux pas tout assumer etc. ». Mais nous sommes restés soudés, main dans la main affrontant cette vie que nous n’avions pas prévue.
Je me suis déchirée avec ma famille car, comme ils me l’ont fait remarquer, je me suis mise du côté de mon mari. Oui, je refusais de leur donner raison. Non mon mari n’est pas un bon a rien. Non mon mari ne fait pas exprès d’être malade. Non mon mari ne profite pas de la situation (à ce moment-là, j’ai trouvé le job que j’ai depuis quatre ans). Je sais qu’il s’en sortira.
Le comble était qu’ils ne lui laissaient pas le temps nécessaire pour se remettre sur pied mais ma mère, cela ne pose aucun souci qu’elle soit en arrêt depuis six ans environ à ce moment-là, CQFD.

Après un an de thérapie, un diagnostic est posé. Il souffre de stress post-traumatique chronique. C’est la même pathologie que les soldats revenus du front pour vous donner une idée.
Au bout de deux ans et demi de thérapie, il a pu retrouver un début d’activité dit de « réinsertion professionnelle ». Au départ deux demies journées par semaine puis toujours plus. Les médicaments ont évolués mais sont toujours présents.

Finalement, la réinsertion a été faite dans une entreprise spécialisée dans le médical. Au début comme assembleur de pièce. Puis petit à petit, au bout d’un an, plus de responsabilité lui ont été donné comme gestionnaire de stock, responsable du montage etc.

Il n’y a pas de hasard mais que des rendez-vous

Le 1er novembre 2017, il sera engagé comme employé en étant plus au crochet de l’état. Pile le premier jour de ce nouveau cycle.
Oui, c’est possible. Même en ayant plus aucun espoir, même avec un passé tragique, c’est possible de s’en sortir. Bien évidemment, il faut accepter l’aide proposé et se donner les moyens de réussir.
Jamais je ne saurai décrire à quel point je suis fière de tout ce qu’il a entrepris, toute la confiance qu’il a sur acquérir (chose de loin pas gagné au début). Ces cinq ans ont été compliqués mais jamais notre amour n’a été ébranlé et pourtant, nous aurions pu.

Aujourd’hui, plus encore, je suis fière de porter son nom et de marcher à ses côtés dans cette vie. Il m’a donné une énorme leçon en me montrant que malgré la période la plus sombre qui soit, la lumière revient.
Ce n’est pas parce que financièrement cela ira mieux que je suis fière de porter son nom mais surtout car cela marque la dernière étape de sa guérison. Jamais les blessures ne partiront mais il a su apprendre à vivre avec et mener « une vie normale ». Il a su réapprendre à avoir confiance en lui, connaître toutes ses capacités, qu’il est une personne merveilleuse. Son objectif final était retrouvé un travail qui lui plaît, sans pour autant avoir un diplôme. Chose faite.

À toutes les personnes pensant qu’elles ne s’en sortiront jamais, essayer de vous battre autant que vous pouvez. Je me doute que cela n’est pas facile, je l’ai vécu. Un jour ou l’autre, la roue tournera et acceptez toute l’aide que vous pourrez.

Quant à ma famille, certainement que jamais vous ne lirez ces lignes. Ceci dit, je tiens à vous dire que oui ; j’avais raison. Il s’en est sorti, on s’en est sorti. La vie n’est pas simple, mais j’ai eu raison d’y croire. Mon intuition ne m’a pas trompée.
Ayant peut-être un jour le bon sens et la maturité de vous excusez envers lui, ne serait-ce que pour cela. Car tout le mal qui a été fait part de ce que vous appeliez un « problème ».

Cette année se termine sur les chapeaux de roue et je suis fière de vous partager ce bout de vie si personnel.
Je t’aime mon Barbu.

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3 commentaires

  • Coucou Evalyn,
    Ton histoire est très touchante, et je suis très admirative de ce que vous avez réussi à accomplir tous les deux! Vous avez beaucoup de mérite, Et honnêtement vous méritez tout le bonheur du monde! Je trouve que cet article est une très belle preuve d’amour, vous êtes de belles personnes et vous vous êtes bien trouvés 💜

  • Chère Evalyn,

    Oui vous avez un grand mérite! C’est une histoire très touchante et porteuse d’espoir.
    Merci d’avoir partagé ce bilan, en ce temps de Samhain. Je vous souhaite de belles choses à venir et une guérison toujours plus profonde pour ton Barbu…

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